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vendredi 4 septembre 2015

La vie de tous les jours




La vie de tous les jours


Tout sur terre peut être un sujet à chanter. Une noix (Trenet), Les p’tits papiers (Gainsbourg), Le chapeau de Zozo (Chevalier). La vie de tous les jours est le dernier des grands thèmes récurrents de la chanson française abordés ici, mais pas le moins important, il nous a donné des grandes chansons telles que La mer, Y'a d’ la joie, Ces gens la, Comme d’habitude, Les vieux…

Moi j’essuie les verres / Au fond du café / J’ai bien trop à faire / Pour pouvoir rêver. Claude Delécluse et Michèle Senlis. Les amants d’un jour (Paul Beuscher) 1956. Une phrase somptueuse de simplicité, écrite par un duo de choc (voir Mon vieux).


J’abandonne sur une chaise le journal du matin / Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent. Djian et Eicher Déjeuner en paix (Barclay) 1991.
Les petits détails de la vie de tous les jours sont de très efficaces vecteurs d’identification.

C’est mon anniversaire / Où sont les assiettes ? Où sont les couverts ? / Elles sentent pas un peu bizarre les praires ? Bruno Nicolini (Benabar) Bon anniversaire (Universal / Ma boutique) 2001.
La tendance de l’écriture de chansons est de nos jours de croquer un quotidien réaliste quasi anodin. Le texte, pas forcement autobiographique, s’appuie sur des émotions vécues.

Celles qui ont vu trois fois Rain Man / Celles qui ont pleuré Balavoine / Les filles de 1973 ont trente ans. Vincent Delerm Les filles de 1973 (Lili Louise Musique) 2004.
Vincent Delerm, admirateur de Souchon, fils de l’écrivain Philippe Delerm, énumère ici les filles qu’il a connues au CE2. Autre caractéristique de l’écriture actuelle, les noms propres (de personnages vivants ou de fiction), lieux, références musicales, marques, plantent un décor socio culturel où ils sont utilisés comme des repères, des symboles d’une génération.

Elle est posée sur l’étagère / Entre un bouquin d’Eric Holder / Un chandelier blanc Ikea / Et une carte postale de Maria. Vincent Delerm Fanny ardant et moi (Lili Musique N 1) 2002.

La vie de tous les jours n'est pas rose au début du siècle dernier. Dans les chansons réalistes, il n’est pas rare que les textes d’amour parlent de violence conjugale, de soumission de femmes qui boivent ou se droguent pour oublier.
Y m’ fout des coups / Y m’ prend mes sous / Je suis à bout / Mais malgré tout / Que voulez vous Albert Willemetz, Jacques Charles Mon homme (Salabert) 1920. Interprétée par Mistinguett et par Marie Dubas, la chanson sera reprise en anglais sous le titre My man. Auteur polyvalent, Willemetz a aussi écrit Valentine, Dans la vie ne faut pas s’en faire.

Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile / Etre une femme libérée tu sais c’est pas si facile. Joëlle Kopf. Femme libérée (PEM/ Charles Talar) 1984 interprétée par Cookie Dingler. Les chansons des années 80 constatent les avancées de la condition féminine dans la société.

Le travail

Le rythme des paroles suivait autrefois le rythme du travail, on chantait pour se donner du coeur à l’ouvrage. Les travaux forcés des esclaves ont donné naissance au gospel, au blues et puis au jazz.

Que chantaient les femmes au lavoir ? Que sifflotaient les peintres en bâtiment ?

J’fais des trous, des p’ tits trous, encor des p’ tits trous. Serge Gainsbourg. Le poinçonneur des Lilas (Warner Chappell / Melody Nelson Publishing) 1958. Sans Gainsbourg qui connaîtrait aujourd’hui ce métier disparu ?

C’est un fameux trois-mâts fin comme un oiseau / Hissez haut Santiano / Dix-huit noeuds quatre cents tonneaux / Je suis fier d’y être matelot. Jacques Plante Santiano (Daniela Music / Warner Chappell) 1961 interprétée par Hugues Auffray.
La chanson de marins a toujours fait preuve d’une belle vitalité. Il en va de même pour la chanson de soldats (Mon légionnaire) ainsi que pour la chanson sur le plus vieux métier du monde, qui a de nombreux et ardents défenseurs :
A la bastille / On l’aime bien Nini peau d’ chien / Elle est si belle et si gentille. Aristide Bruant Nini peau d’ chien (Salabert) 1905.

Passionnément, nous y pensions / A la p... points de suspension / Qu’elle était bien, qu’elle était bien la putain. Jean Loup Dabadie (Polydor) La putain. 1971 interprétée par Serge Reggiani. La musique est de Michel Legrand. Reggiani a commencé son métier de chanteur par un premier disque à l’âge de... 43 ans. Il y a aussi  Julie la rousse, La complainte des filles de joie, entre autres.

Le métier d’artiste inspire l’artiste : Je m’ voyais déjà, Quelque chose de Tennessee, Armstrong, Comme une Piaf, Cézanne peint, La vie d’artiste…

J’aurais voulu être un chanteur / Pour pouvoir crier qui je suis / J’aurais voulu être un auteur / Pour pouvoir inventer ma vie. Luc Plamondon Le blues du businessman (Colline/ Moncton) 1978 (Starmania).

Et partout dans la rue / J’veux qu’on parle de moi / Que les filles soient nues / Qu’elles se jettent sur moi. Daniel Balavoine Le chanteur (Warner Chappell) 1978

Les personnages

Regardez, écoutez la vie de tous les jours autour de vous. Les voisins, la famille, la télé, la rubrique des faits divers, sont une mine d’or d’histoires, le monde regorge de personnages de chanson.

Les grands auteurs savent se glisser dans la peau des autres, vivre leurs émotions et les noter tout simplement. Chacun écrit sa comédie humaine. Pour exemple, quelques personnages de Gainsbourg : Elisa, Marylou, Mélodie Nelson, L’homme à la tête de chou, Le poinçonneur des Lilas, Johnny Jane, Bonnie and Clyde, Dr Jekyll et Mr Hyde, Charlie Brown. 

C’est un nom maintenant oublié / Une pauvre silhouette qui penche / Appuyée sur une canne blanche. Jean Guigo Battling Joe (Louis Gasté Editions) 1945. Interprétée par Yves Montand, l’histoire d’un boxeur qui devient aveugle.

Venez, que l’on m’acclame / J’ai fait mon numéro / Tout en jetant ma femme / Du haut du chapiteau. Henri Contet Bravo pour le clown (SEMI) 1953 interprétée par Edith Piaf.

Le public a un faible pour les histoires de voleurs, qu’ils soient réels ou personnages de fiction : Gentleman cambrioleur, Stances à un cambrioleur, Les Dalton’s, Bonnie and Clyde, la bande à Bonnot.

J’ai pas tué j’ai pas volé / Mais j’ai pas cru ma mère.
Maurice Druon Le galérien (Editions Ricordi) 1942, interprétée par Montand. Ce succès est un des rares exemples de chanson qui comporte une leçon de morale.


La chanson pour enfants

Qui a vendu 17 millions de disques, enregistré un duo avec Jerry Lee Lewis et rempli 50 fois Bercy entre 1990 et 1996 ? ...

Dorothée.
Le marché de la chanson enfantine est colossal. Il continue pourtant à être boudé par la très grande majorité des auteurs.

Une chanson douce / Que me chantait ma maman / En suçant mon pouce / J’écoutais en m’endormant. H Salvador et Maurice Pon Le loup la biche et le chevalier 1950, interprétée par Henri Salvador. Cette berceuse sur le thème de « l’ex - bercé - qui - berce » est indémodable.

Nombre de nos plus anciennes chansons ont évolué au fil du temps jusqu’à la reconnaissance suprême de la nation : être enseignées à nos bambins. D’anciens chants de soldat comme Auprès de ma blonde, hymne de l’armée de Louis XIV en Vendée, sont maintenant appris à l’école primaire, lieu fondamental de transmission de notre patrimoine et de découverte de la plupart des chansons enfantines. Les scènes animalières y sont incontournables. Une poule sur un mur, Une souris verte.
Dans le chapitre sur le sexe, nous avons constaté que, selon les psychanalystes, les comptines enfantines comportent de nombreux sous-entendus sexuels.
Le thème de la chanson pour enfants nécessiterait un livre entier.


Les chansons de circonstance

Joyeux anniversaire, Ce n’est qu’un au revoir, sont liées à des moments de notre vie quotidienne, leurs circonstances sont à la fois particulières et universelles et l'universalité, en chanson, est souvent synonyme de rentabilité. Les bénéfices générés chaque année par Petit papa Noël ont de quoi faire rêver, plus de 25 millions d’exemplaires vendus…


Les mariages offrent des occasions appréciées de craqueler le vernis social, l’alcool libère les convives qui entonnent à plusieurs et à tue tête les chansons à boire, voire paillardes, les farandoles et autres Danse des canards.

Aucune chanson ne s’est encore imposée pour la fête des mères. Aux plumes, citoyens!


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dimanche 26 juillet 2015

Le chagrin, sujet numéro un.



Le chagrin 

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux / Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. Alfred de Musset semble être d’accord avec les grands paroliers. L’amour malheureux inspire plus que l’amour heureux. Le désamour est le sujet numéro un de la chanson française

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment / Chagrin d’amour dure toute la vie. Jean Pierre Claris de Florian Plaisir d’amour 1760. D’abord poème dans une nouvelle La Célestine de JP Claris de Florian, après que Martini ait écrit sa mélodie en 1784, la chanson connaît un tel succès qu’elle est chantée jusqu’à la cour de Russie. Berlioz en fait un arrangement pour orchestre en 1859. Elle est reprise au siècle dernier par Elvis Presley et Stephan Eicher.

Noir c’est noir / Il n’y a plus d’espoir / Oui gris c’est gris / Et c’est fini, oh, oh, oh, oh / Ça me rend fou, j’ai cru à ton amour / Et je perds tout. Adapt. Georges Aber Noir c’est noir (Mellin Robert LTD) 1965. Une chanson presque autobiographique pour Johnny Halliday en pleine dépression dont la tentative de suicide s’étale à la une des journaux.

Tu m’as privé de tous mes chants / Tu m’as vidé de tous mes mots / Et j’ai le cœur complètement malade / Cerné de barricades. Serge Lama Je suis malade (Editions Serge Lama) 1974.

Laisse-moi devenir / L’ombre de ton ombre / L’ombre de ta main / L’ombre de ton chien Mais ne me quitte pas. Jacques Brel Ne me quitte pas (Warner Chapell) 1959.  Nous parlerons en détail de ce  texte devenu un classique dans le chapitre la preuve par neuf chansons.

Un jour l’amour l’a quittée, s’en est allé / Faire un tour de l’autre côté / D’une ville où y avait pas de place pour se garer. Gérard Manset Il voyage en solitaire (Pathé Véranda) 1975. Le trop rare Manset a aussi composé Chimène pour René Joly. 


Les histoires d’amour finissent mal en général. Catherine Ringer Les histoires d’A. 1986 (Les Rita Mitsouko).

Je joue les rouges, cœur, Caro... / Je suis l’as de trèfle qui pique ton cœur. M’ Barali Caroline (BMG Music) 1993 (MC Solaar).

Voilà, c’est fini / Nos deux mains se desserrent de s’être trop serrées / La foule nous emporte chacun de nôtre côté. Jean Louis Aubert. Voilà, c’est fini (La loupe) 1989.

J’irai chercher ton âme dans les froids, dans les flammes / Je te jetterai des sorts pour que tu m’aimes encore. J.J. Goldman Pour que tu m’aimes encore (Editions JRG/CRB) 1995.

Je crois que je ne t’aime plus / Elle a jeté ça hier / Entre le fromage et le dessert / Comme mon cadavre à la mer. Caliciuri Elle m’a dit (les éditions de Mireille) Cali 2003.

La solitude.
Partout, elle me fait escorte / Et elle me suit, pas à pas. Barbara La solitude (Editions Métropolitaines) 1965.

Oui mais moi, je vais seule / Car personne ne m’aime. Françoise Hardy Tous les garçons et les filles (Editions Alpha) 1962. La simplicité même, imparable. 

Aussi loin que l’on s’abandonne / Ni l’un ni l’autre ne se donne / On se reprend avec l’aurore. Sophie Makhno Ta cigarette après l’amour (EMI) 1972 interprétée par Charles Dumont.

Le nombre de chansons qui s'appellent Solitude est incalculable. Entre autres La solitude de Ferré, de Moustaki, La solitude ça n’existe pas de Bécaud, Ultra moderne solitude de Souchon.

La famille. 
A méditer : les chansons sur la famille sont rarement joyeuses et parlent beaucoup d’absence. Cette caractéristique est elle vraiment spécifique à la vie d’artiste ?

Les enfants.
On pourrait dans les premiers temps / Donner la gosse à tes parents / Le temps de faire le nécessaire. Michel Delpech et Jean Michel Rivat. Les divorcés (Warner Chappell) 1973. Précurseur du thème monoparental, Rivat a écrit ce texte en connaissance de cause, après une séparation.

En regardant tout au bout du chemin / Prendre un enfant pour le sien. Yves Duteil Prendre un enfant par la main (Editions de l’Ecritoire) 1977. Une des chansons préférées des français.

L’absence a des torts / Que rien ne défend / C’est mon enfant. Daniel Balavoine Mon fils ma bataille (Warner Chappell) 1980.

Les parents.
C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman / Voici des roses blanches, toi qui les aimais tant / Et quand tu t’en iras, au grand jardin là-bas / Toutes ces roses blanches, tu les emporteras. Ch. L Pothier Les roses blanches (Les nouvelles éditions Meridian) 1926 interprétée par Berthe Sylva. Aujourd’hui classée mélo, cette chanson qui fit mouiller plus d’un mouchoir fut la première chanson lancée sur les ondes à partir de la tour Eiffel.

Je l’ai couché dessous les roses / Mon père mon père / Il pleut sur Nantes / Et je me souviens. Barbara Nantes (Editions Métropolitaines) 1964.
Lundi 21 décembre 1959, Il pleut sur Nantes et sur la Rue de la Grange au loup pour l’enterrement d’un père que Barbara a haï : L’aigle noir. Très autobiographique, la chanson est emplie d’émotion. Barbara mettra 4 ans à la finir avant de la chanter pour la première fois sur scène le 4 novembre 1963.

J’ai jamais su trouver les gestes / Qui pouvaient soigner tes blessures / Guider tes pas vers le futur. Eric Chemouny Sang pour sang 1999 (Laura eyes/ Sylviesongs) interprétée par Johnny Hallyday 1999. La musique est de David pour son père Johnny, les mots semblent vrais, le public aime.

Les frères et sœurs.
N’as tu vécu pour nous autrefois / Que sans jamais penser à toi ? / Non, non, non, ne rougis pas, non, ne rougis pas. Vline Buggy et Hugues Auffray Céline (Warner Chappell) 1966. Sur une musique de Mort Shuman, les paroles inspirées par la cousine de Vline Buggy ont été refusées par Claude François et France Gall. 

Toi le frère que je n’ai jamais eu / Sais-tu si tu avais vécu / Ce que nous aurions fait ensemble. Maxime Le Forestier Mon frère (Chappell) 1971. Une vision originale de la fraternité.

Le temps.
C’était mieux avant» Qui n’a jamais entendu ces mots ? Les peurs du monde actuel trouvent souvent pour écho la nostalgie.
La maison près des HLM / A fait place à l’usine et au supermarché. Nino Ferrer La maison près de la fontaine (Paul Beuscher) 1972. Nino Ferrari dit Ferrer, s’est suicidé en août 1998. 

Un vieux pleure dans un coin / Son cinéma est fermé, / C’était sa dernière séquence. Claude Moine alias Eddy Mitchell La dernière séance (Universal) 1977. Le cinéma de quartier, comme la maison de Nino Ferrer Finira en garage, en building supermarché. 

Où est il donc mon moulin d’ la place Blanche ? / Mon tabac et mon bistro du coin ? Decaye et Carol Où est il donc (Editions Fortin) 1925 interprétée par Fréhel.

J’aime les regretteurs d’hier / Qui trouvent que tout ce qu’on gagne, on le perd. Alain Souchon La beauté d’Ava Gardner (BMG) 1988. La nostalgie est un thème majeur de Souchon : J’ai 10 ans, Allo maman bobo, Bidon, etc.

« Avec le temps on n’aime plus » Léo Ferré Avec le temps (Nouvelles édition Meridian/ La mémoire et la mer) Octobre 1970. Terrible conclusion de chanson que ce vers. Nous reparlerons en détail plus avant de ce monument du répertoire français, dans le chapitre la preuve par neuf chansons.

La mort. 
Ne chantez pas la mort, c'est un sujet morbide / le mot seul jette un froid, aussitôt qu'il est dit / les gens du "show-business" vous prédiront le "bide" / c’est un sujet tabou... pour poète maudit. Jean Roger Caussimon  Ne chantez pas la mort 1972.
La musique est  écrite par Léo Ferré, immédiatement, le soir même où il reçoit le texte.  Les deux amis ont signé ensemble une vingtaine de titres mais Caussimon a également écrit pour lui même et pour Catherine Sauvage, Mouloudji, Isabelle Aubret, Julien Clerc, Nougaro, Les Frères Jacques, "Mes chansons, c'est ma solitude et mon irréalisable besoin d'amour que je donne à tous. Il n'y a pas un mot, pas un vers qui n'ait sa raison d'être profonde et douloureuse. »

Mais c’est la mort qui t’a assassinée, Marcia / C’est la mort qui t’a consumée, Marcia / C’est le cancer que tu as pris sous ton bras / Maintenant, tu es en cendres, cendres. Catherine Ringer Marcia baila (Dilate Music) 1984 les Rita Mitsouko. Ou comment chanter des sujets graves sur un rythme dansant. Marcia Moretto, chorégraphe argentine avec qui a travaillé avec succès Catherine Ringer, est morte « d’une longue maladie ». La chanson doit aussi son succès au soutien sans faille de Philippe Constantin chez Barclay contre Virgin Londres.

Ni vu ni connu, brave mort adieu ! / Si du fond d’ la terre on voit l’Bon Dieu / Dis-lui l’ mal que m’a coûté / La dernière pelletée / J’suis un pauvre fossoyeur. Brassens Le fossoyeur (Intersong) 1952. Une des chansons préférées de Brassens.

La pendule au salon / Qui dit oui qui dit non / Qui dit je vous attends. Jacques Brel Les vieux (Editions Pouchenel) 1963.

Je veux qu’on rie / Je veux qu’on danse / Quand c’est qu’on me mettra dans le trou. Jacques Brel Le moribond (Warner Chappell) 1961. L'écriture de ce titre a été difficile. « J’ai promené le moribond un an, ajoutant ou enlevant des personnages ». La ténacité a payé, longtemps cette chanson a été la préférée de Brel.
Veux tu que je dise / Gémir n’est pas de mise / Aux Marquises. Jacques Brel Les Marquises (Editions Pouchenel) 1977. 16 ans et un cancer au poumon séparent les deux textes. Jacques Brel est mort en octobre 1978. 

J’aime la majesté des souffrances humaines disait Alfred de Vigny. La douleur est une des choses au monde les plus partagées, sans doute est-ce pour cela que nous nous identifions tant aux mots des grands auteurs, qui savent exprimer les émotions à notre place. Ils parlent de nous quand ils parlent d’eux. 
Les chansons tristes n'ont pas de fin. 

vendredi 17 juillet 2015

Le lieu, sujet de chanson, sujet d'identité




Le lieu est un sujet de chanson récurrent, populaire, qui est souvent le personnage central des chansons plus qu'un décor et qui ne date pas d’aujourd’hui. Sur le pont d’Avignon (anonyme) aurait été écrite au XVe siècle.
Tels les hommes qui les créent, leurs refrains peuvent naître n'importe où, sous toutes les latitudes.

Au nord, c’ étaient les corons / La terre c’ était le charbon. J.P. Lang Les corons (BMG et Radio Music) 1982 interprété par Pierre Bachelet.

On dirait le Sud / Le temps dure longtemps. Nino Ferrer Le sud (Paul Beuscher) 1973.

Paris
Paris c’est moi, c’est vous. Les Français s’identifient à leur capitale, symbole de la France.

Paname on t’a chanté sur tous les tons / Y a plein de paroles dans tes chansons / Qui parlent de qui, de quoi, de quoi donc. Léo Ferré Paname (Ed ; l’auteur) 1961. 

Charles Trenet a également été inspiré par la capitale et lui a dédié une quinzaine de pièces. Quel artiste n’a pas sa chanson sur la ville lumière ?
A Paris, ça balance pas mal à Paris, il est 5 H, sous le ciel de Paris, sous les ponts de Paris, Paris mai, Paris latino, Paris canaille, Paris en colère, Paris brûle t-il ? Un gamin de Paris, les petites femmes de Paris, la parisienne, une fleur de Paris, la romance de Paris, Paris je t’aime, Paris je ne t’aime plus, Paris tu m’as pris dans tes bras, j’ai deux amours, ça c’est Paris, Paris sera toujours Paris.

Les rues de Paris
Rue de Lappe rue de Lappe / Au temps joyeux / Ou les frappes où les frappes / Étaient chez eux. Francis Lemarque
Rue de Lappe (SEMI) 1950. Né dans cette même rue de Lappe, Lemarque est l’un des plus prolifiques auteurs sur Paris. Sa plus célèbre chanson reste A Paris, à laquelle pourtant Montand, son interprète de prédilection, n’a d’abord pas cru en 1948, la jugeant trop compliquée pour le public.

Les quartiers de Paris.
Il n’y a plus d’après (à St Germain des près), Aux Champs Elysées, A la Bastille, Les grands boulevards, Pigalle.

La banlieue.
J’ voudrais faire un slam pour celle qui voit ma vieille canne du lundi au samedi / J’ voudrais faire un slam pour une vieille femme dans laquelle j’ai grandi. Grand corps malade St Denis (Djanik) 2006.

Autres villes.
En ce qui concerne la chanson française, la décentralisation est loin d’être une réalité. Bien que leur liste soit longue, peu de villes de province ou d'ailleurs ont des chansons à leur gloire,  : Le clair de lune à Maubeuge, Que c’est triste Venise, Belle île en mer, Capri, c’est fini, Mexico, etc.

Nougaro, l’homme qui a écrit l’hymne Toulouse en 1967, a aussi chanté Paris (Paris mai), New York (Nougayork), Nice
(Very Nice).


Marseille, bien sûr a eu son lot d’odes. 
On connaît dans chaque hémisphère / Notre Cane, Cane, Cane, Canebière. Allibert/Vinci Cane... Cane... Canebière (Salabert) 1935. Musique de l’incontournable Scotto.

C’est de là que je viens, là où je naquis / Et dans quelques années / c’est ici que se terminera ma vie. Fragione Planète Mars (EMI etnCôté obscur) IAM 1991.

Brel a chanté Le plat pays, Amsterdam (Il disait ne pas aimer cette chanson, « trop facile »), Bruxelles, Knokke-le-Zoute, Vesoul, Les Marquises, etc.…

Le voyage.
Le lieu est pour les uns symbole d’identification et généralement de fierté, pour les autres il est porteur d’un exotisme symbole de besoin de vacances, de nouveauté, de liberté.
Rêver d’être ailleurs qu’ici / Être ailleurs / Vivre simplement de pêche. Alain Souchon Le rêve du pécheur 1993 par Laurent Voulzy.

Le thème de la route est une voie royale vers l’imaginaire : Sur la route, Chacun sa route, Passer ma route, Route nationale 7, La route enchantée, Sur la route de Memphis, Voyage voyage, Le chemin.

L’Amérique.
L’Amérique à la fois fascine et horripile. 
Tout chiper tout mater tout tuer tout brûler / C’est là le refrain de tout américain. Jean Meudrot et Pol-Heric La polka des yankees 1898.

L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai / L’Amérique, l’Amérique, si c’est un rêve, je le saurai. Adapt. Pierre Delanoë L’Amérique (Nota Bene Music) 1970. Interprétée par Joe Dassin, né à New York et mort à Tahiti d’un infarctus le 20 août 1980. Son père, le cinéaste Jules Dassin, s’était installé à Paris en 1950 pour fuir les persécutions maccarthystes.
Et aussi : I love America, L’Américano, San Francisco, Nashville ou Belleville.

J’aimerais tant voir Syracuse / L’île de Pâques et Kairouan. Bernard Dimey Syracuse (Première Music Group) 1962 interprétée par Henri Salvador.
Je voudrais du Fred Astaire / Revoir un Latécoère. Biolay/ Zeidel Jardin d’hiver (Dièse productions/Alt musique) 2000 interprétée par Henri Salvador. Biolay et Keren Ann prolongent le voyage à Syracuse.

Biguine, mambo, tango etc. Légèreté, sourires, rythmes lascifs, danseurs et danseuses de rêve, la sensualité a son importance dans le fantasme de l’ailleurs, de contrées en réalité souvent dévastées par la misère et la dictature politique.
Qui c’est celui là. La version originale brésilienne de Chico Buarque est un texte rageur, révolutionnaire, qui devient chez Vassiliu un texte léger, dont le succès est dû à Barclay qui le sauve de la face B.

Le plus beau de tous les tangos du monde... En réalité, le tango, il vient de là, il vient de Gardel. Le tango était très en vogue avant la guerre et en 1931 et Carlos Gardel, le toulousain devenu dieu vivant en Argentine, vendait en France 3000 disques par jour. 
Tango, jazz, musique caraïbe, ont influencé la chanson des années folles, bien avant le métissage musical des années 1990 et l’explosion des musiques du monde.

L’identité.

Au bout du voyage de l’émigré, le pays d’origine représente le paradis perdu.
Depuis que je suis loin de toi / Je suis comme loin de moi / Et je pense à toi la bas. Jean Loup Dabadie Lettre à France (EMI/ Oxygen) 1977. Interprétée par Michel Polnareff. 

Le lieu de naissance peut être un sujet délicat.
Elle ne demande / Quand nous mangeons tous les deux / Qu’une banane c’est peu coûteux / Moi j’y en donne autant qu’elle veut. Villard et dilate La petite tonkinoise (Salabert) 1906.
La finesse ne caractérise pas l’écriture de certains grands succès du début du XXe siècle. La France d’alors, forte de son statut de grande puissance arbore dans les textes de ses chansons le petit air supérieur paternaliste de celui qui croit amener la civilisation. C’est le début de la conquête de l’Algérie, l’époque de Travadjar la moukère.
La chanson coloniale a parfois un air raciste, même chez des gauchistes comme Aristide Bruand qui a écrit le peu glorieux La noire et s’est présenté comme député à Belleville sous l’étiquette « républicain socialiste patriote et antisémite ».
Georges Montehus, chansonnier engagé pacifiste d’extrême gauche qui pourtant a signé la butte rouge, a écrit le regrettable Pan pan l’arbi. (Marche des l’Arbis) sur l’air de la Marche des zouaves.
Autres temps autres moeurs.
Heureusement, depuis lors, les choses ont bien changé.
Et tant pis pour ceux qui s’étonnent / Et que les autres me pardonnent / Mais les enfants ce sont les mêmes / A Paris ou à Göttingen. Barbara Göttingen (Editions Métropolitaines) 1965.
Barbara a été une des premières voix à prôner la réconciliation franco allemande.

Je te donne toutes mes différences / Tous ces défauts qui sont autant de chances. J.J. Goldman/ Michael Jones Je te donne (Goldman) 1985.

Le soleil donne / La même couleur aux gens / Gentiment. Alain Souchon Le soleil donne (Voulzy) 1988.

De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur / La musique est un cri qui vient de l’intérieur. Bernard Lavilliers Noir et blanc (Big Brother) 1986.

Une forte représentation d’artistes français nés à l’étranger nous vient d’Egypte : Georges Guétary, Dalida (Ex miss Egypte), Richard Anthony, Claude François, Guy Béart, Georges Moustaki, Mathieu Chédid (par sa grand-mère la poétesse Andrée Chédid)

Un souffle italien anime la chanson française : Yves Montand (Ivo Livi), Léo Ferré, Georges Brassens, Christophe (Bevilacqua), Dalida (d'origine italo egyptienne), Edith Piaf, Serge Reggiani, Adamo, Nino Ferrer, Antoine, Frédéric François, Claude Nougaro, Francis Cabrel, Sanseverino, Benabar, etc.

Couleur café, Je voudrais être noir, Amstrong, Le métèque, L’Aziza…
La France s’est toujours montrée à l’écoute des autres cultures, elle est la championne de la « World Music », musiques du monde auxquelles son marché discographique et ses festivals font la part belle. L’hexagone est, et a été, un lieu de passage incontournable pour les artistes du monde entier.
« Il est bon d’être imprégné d’une musique mondiale - on en serait toujours à la valse sinon - mais notre personnalité française reste présente dans l’importance accordée au texte ». Charles Aznavour.

vendredi 6 mars 2015

Les sujets de chanson : le bonheur



L'amour, l'humour, le bon temps. Parler de bonheur serait la recette miracle du succès ? Voici la réponse de quelques vers de chansons, grapillés lors d'une ballade en pays heureux.

L’amour heureux

L'élan amoureux est un puissant stimulant qui pousse les plumes à se délier. Cependant le thème de l’amour heureux est moins fréquemment traité par les grands auteurs - et les artistes en général - que le désamour. Le sujet leur paraît à priori usé, cliché, à la limite de la mièvrerie. Le bonheur n’est pas facile à traiter de manière originale. Le train est arrivé à l'heure. La belle affaire. Bon... Pas d'explosion, de poursuite, de violence, de sexe, de provoc ?
Peut on dire alors que chanter l’amour heureux représente un plus grand défi artistique ?

Je t’ai rencontré simplement / et tu n’as rien fait pour chercher à me plaire. Maurice de Feraudy Fascination (ed. Phillipo 1905).
La qualité de la mélodie est sans doute pour une grande part dans le succès de ce titre pendant plusieurs générations, mais ces mots clairs, directs, éternels, n’y sont pas étrangers.

Même constat pour le premier grand prix du Disque (1931) :
Parlez moi d’amour / redites moi des choses tendres. Jean Lenoir Parlez moi d’amour (Les nouvelles Editions Meridian) 1926. Interprétée par Lucienne Boyer.

C’est si bon. Ces mots sont l'ossature - et le titre - d'un autre standard mondial né en France. Ils sont inspirés à Henri Betti, le pianiste de Maurice Chevalier, par une vitrine de lingerie. La chanson est refusée par Henri Salvador... mais popularisée par Suzy Delair puis Sacha Distel et exportée avec succès par Louis Armstrong après qu'il l’ait entendue au festival de Nice.

Elle a gommé les chiffres / des horloges du quartier / elle a fait de ma vie / des cocottes en papier / des éclats de rire. Francis Cabrel Je l’aime à mourir (Warner Chappell) 1979.
Le style Cabrel, est plus métaphorique et très travaillé.

Par hasard, elle aime mon incertitude / par hasard, j’aime sa solitude. J.l. Dabadie Ma préférence (Editions Crécelles/ Editions Sidonie) 1978.
En 2006 Dabadie signera également pour julien clerc Quel jeu elle joue, qui fait écho à cette chanson.

Le flirt est un temps fort de l'amour, universel, propice à l'identification.
J’aime regarder les filles qui marchent sur la plage / sur leur peau le soleil caresse bien trop sage / le vent qui les décoiffe au goût de sel sur mes lèvres, Patrick Coutin J’aime regarder les filles (EMI) 1981.

Encore des mots toujours des mots / les mêmes mots / rien que des mots… Michael, G.Ferrio Paroles…paroles (editions Ferrio Curci) 1973.

Sur le sujet, une très longue liste de titres saute à la mémoire : Les bombons, Jolie môme, Oh les filles, Tu veux tu veux pas, Les brunes ne comptent pas pour des prunes, Belle, Aicha, etc.

Ce sont les filles qui achètent les disques, disait Gainsbourg, et la flatterie ne semble pas être ressentie par elles comme un défaut... Vous les femmes Julio iglesias / La femme est l’avenir de l’homme Jean Ferrat / Le bon dieu est une femme Corneille / Femmes je vous aime JL Dabadie pour Julien Clerc.

L’amitié.
On dit qu'entre l’amour et l’amitié il n’y a qu’un lit de différence.

Avoir un bon copain / voilà c’ qui y a d’ meilleur au monde / oui, car, un bon copain / c’est plus fidèle qu’une blonde. Jean Boyer / François Salabert Avoir un bon copain (Salabert) 1931.
Pour le « gros » (surnom de Brassens par ses amis), l’amitié est également une valeur importante, primordiale, comme en témoigne son « tube » Les copains d’abord.
Avoir un bon copain est repris dans son disque George Brassens chante les chansons de sa jeunesse, dont il reverse les droits à son ami Lino Ventura pour son association Perce neige.

Les chansons sur l'amitié ne sont pas toujours gaies mais toujours elles distillent une tendresse positiviste.
Non jef t’es pas tout seul / mais arrête de pleurer / comme ça devant tout le monde / parce qu’une demi vieille / parce qu’une fausse blonde/ t’a relaissé tomber. Jacques Brel Jef (editions Pouchenel) 1964.

Brel, Brassens, Ferré. Qui n’aurait pas rêvé d’avoir des copains pareils...
Nous avons eu nos nuits comme ça moi et moi / accoudés à ce bar devant la bière allemande / quand je nous y revois des fois je me demande / si les copains de ces temps-là vivaient parfois. Léo ferré Richard (Ferré) 1973. 
Chanson écrite pour Richard Marsan, son ami et directeur artistique chez Barclay.

Le bon temps

Le bonheur prend souvent les traits de l’insouciance, du plaisir, du soleil, de la nature et tout sur terre peut être sujet à le chanter. Une noix (Trenet), Les p’tits papiers (Gainsbourg), Le chapeau de Zozo (Chevalier).

Tu la vises et tu la manques change ton tir / une partie de pétanque ça fait plaisir. Une partie de pétanque André Montagard 1941. Interprétée par Darcelys et ...Georges Brassens.

Trenet est un des rares « grands » à avoir beaucoup écrit sur le bonheur, une vraie ligne de conduite, une quasi obsession.
Y’a de la joie ! Bonjour, bonjour les hirondelles / y’a de la joie ! dans le ciel par dessus les toits». Charles trenet. Y’a de la joie (Raoul Breton) 1938.
Tout est dit dans le titre, popularisé par Maurice chevalier, immense vedette d’alors. Ecrire sur la joie peut être un exorcisme de la tristesse. Le fou chantant a raconté avoir composé le titre pendant son service militaire, période lors de laquelle il n’était pas particulièrement heureux.
Dès les premiers vers, nous sommes entraînés dans le climat poétique de Trenet, ses personnages sympathiques, le boulanger, le facteur, le percepteur, mais aussi les objets qu’il humanise, le métro, la tour Eiffel. Lui qui se disait pas gay, mais joyeux, aimait répéter : il faut garder quelques sourires pour se moquer des jours sans joie .

L’épicurisme fait recette chez les paroliers. Couchés dans le foin, Tout va très bien madame la Marquise, Qu’est ce qu’on attend pour être heureux, C’est beau la vie, La ballade des gens heureux, J’veux du soleil, c’est quand le bonheur.

Mais tout peut changer aujourd’hui / et le premier jour du reste de ta vie / c’est providentiel. Adapt. Etienne daho. Le premier jour du reste de ta vie. (Momentum/ Satori) 1998.

Nous prendrons le temps de vivre / d’être libres, mon amour / sans projets et sans habitudes. Moustaki. Le temps de vivre 1971.

Pierre Delanoë a également écrit sur le sujet pour Michel Fugain Je n’aurai pas le temps

La fête.
Rien n’est plus pareil aujourd’hui / on a les yeux écarquillés sur la liberté. Maurice vidalin C’est la fête (Le minotaure) 1973 Michel fugain.

La table.
La france, pays de la bonne chère, aime la déguster mais aussi la chanter : La bouillabaisse, Les marchés de provence, Les cornichons, Paulette la reine des paupiettes, Les mains d’une femme dans la farine, Les petits pains au chocolat, La confiture, On est foutus on mange trop…

Et glou et glou.
Ah le petit vin blanc / qu’on boit sous les tonnelles / quand les filles sont belles / du coté de Nogent. Jean Drejac. Ah le petit vin blanc (Les nouvelles Editions Méridian) 1943.
C’est à boire qu’il nous faut… 1,5 millions de boire un petit coup ont été vendus. Il est des nôtres, les chevaliers de la table ronde, la france adore chanter le vin. Pas mal des « grands » aiment la dive bouteille, mais il est loin d’être prouvé que l’inspiration ait besoin de stimulants.

Les paradis artificiels.
Hou ! Hou ! Hou ! Hou ! / ça plane pour moi. Deprijk ça plane pour moi (Warner Chappell) 1977. Face B rescapée, cette parodie des punks de l’époque vendue à plusieurs millions d’exemplaires est au centre du procès qu’intente Lou Deprijk l'auteur producteur, qui affirme avoir l’avoir chantée et non Plastic Bertrand lors de l’enregistrement en studio. Il perd, mais cela ne fait pas taire la rumeur alors que le playback est déjà monnaie courante cette année là sur les plateaux télé.

Je drague dur la drogue douce / a travers ses grilles brillent des mains de fée. Claude Nougaro Prisonnier des nuages (Editions du Chiffre neuf ) 1993.
Rares sont les auteurs qui parlent ouvertement de cannabis, sauf pour le critiquer.
Je dis dites-leur et dis-leur / de casser la gueule aux dealers. Serge Gainsbourg Aux enfants de la chance (Melody Nelson publishing) 1987.

La musique est un sujet de prédilection naturel chez les paroliers. La java bleue, La valse brune, La boite de jazz, Toute la musique que j’aime, Quand la musique est bonne, etc.
A 18 ans j’ai quitté ma province / bien décidé à empoigner la vie / le coeur léger et le bagage mince / j’étais certain de conquérir Paris. Aznavour Je m’ voyais déjà (Raoul Breton) 1957.
Aznavour a été très égratigné par la critique jusqu’à la première de cette chanson à l’Alhambra le 12 décembre 1960. Etonnant : Aznavour est l’ancien secrétaire particulier d'Edith Piaf, qui lui a prédit qu’il ne percera jamais… et Yves montand lui a refusé cette chanson !

La danse.
Les danseurs sont en transe et la musique aidant / ils semblent sacrifier à des rythmes barbares / sur les airs d’aujourd’hui souvent vieux de tous temps. Charles Aznavour. Les plaisirs démodés (Editions Djanik) 1972.
Les changements de tempo confèrent à la chanson une originalité qui, bien que risquée, n’a pas empêché son succès. A remarquer dans l’arrangement le détournement du riff de guitare de Satisfaction (Rolling Stones) par les cuivres. Il existe plus de 300 versions de la chanson, dont celle de Liza Minelli sous le titre anglais The old fashioned way .

Réfractaires au son de mars et que ce flot de rime brime / flippez mais dites pourquoi vos bobines dodelinent. Fragione Mussard Bouger la tête (EMI et Coté obscur) IAM 1997.

L’humour

L’humour et l’amour sont les mamelles du bonheur. Ils aident à supporter les misères, dans les chansons comme dans la vie. L’humour est un excellent capteur d’attention, il rend les idées percutantes et surtout, il défoule et dédramatise les sujets graves. Constat : nous aimons rire plus des autres que de nous.

J’ai la rate qui s’ dilate… Géo Koger je n’ suis pas bien portant Maeva music) 1932 chanté par Gaston Ouvrard (musique de Scotto). Dans cette farce, exorcisme de la maladie, le chanteur énumère, avec un débit proche de celui des rappeurs, les organes en mauvaise santé : le foie, le ventre, l’ pylore, l’ gésier, l’estomac,les côtes, les hanches, l’épigastre, l’abdomen, l’ thorax, les épaules, les reins, les boyaux, l’ sternum, l’ sacrum, l’ nombril, l’ coccyx.
Le style comique troupier, au goût prononcé pour l’humour tuyau-de-poêle, fut crée par le père d’Ouvrard. Après avoir connu un immense succès pendant la guerre de 14 /18, ce métier a disparu.

C’est un vrai gringalet / aussi laid qu’un basset / mais je l’aime. Charlys / Vanderhaegen Tel qu’il est (Warner Chappell) 1936 Interprétée par Fréhel.

J’ pris un homard sauce tomate / il avait du poil aux pattes, Félicie aussi. Willemetz et Pothier Félicie aussi (editions Max Eschig) 1939 interprétée par Fernandel.

Faut rigoler avant qu’ le ciel nous tombe sur la tête. Boris Vian. Faut rigoler. (Meridian). 1960 interprétée par Henri Salvador.
Vian et Salvador, bons vivants et grands amis, ont écrit des centaines de titres dont certains sous le pseudonyme de Rock Failair pour l’un et Henry Cording pour l’autre.

Je cherche après Titine, Titine, oh! Titine / je cherche après Titine/ et ne la trouve pas. Lemonnier Bertal Titine (Meridian) 1917.
Ce refrain a été repris par Charlie Chaplin et... Jacques Brel.

Auteuil Neuilly Passy / c’est notre ghetto. Les Inconnus Auteuil Neuilly Passy (Editions Paul Lederman) 1991. Les humoristes remplissent les salles et de plus - Patrick Sébastien en est la preuve - ils adorent chanter...

À suivre...

mardi 4 novembre 2014

Les chants de révolte.





Ferrat, Greco, Montand, Ferré, Balavoine, Renaud et beaucoup d’autres, notamment dans le rap, sont des chanteurs engagés. Chacun réagit avec sa différence aux circonstances qu'il n'accepte pas de subir, chacun n’hésite pas à déranger, déconcerter, pour faire passer son message à l'auditeur et attirer son attention sur un problème de société, chacun teste les limites de la censure et symbolise la liberté d’expression.

Notre présent éclaire le ressenti des artistes du passé de lumières inconnues lors de leurs écritures.
Les exemples suivants remettent en mémoire leurs réponses en chansons aux violences du monde.



Depuis toujours, des combattants partent à l’assaut en entonnant des chants de guerre pour se donner du courage. 
La majorité des chants de la révolution sont restés vivants dans notre mémoire, tel l'hymne de ralliement des sans culottes.
Ah ça ira, les aristocrates on les pendra. Ladre Ça ira 1790.

Aux armes citoyens ! / Formez vos bataillons ! Rouget de Lisle La marseillaise 1792.
Ce Chant de guerre pour l’armée du Rhin écrit par le lieutenant Claude Rouget de Lisle, contient des paroles guerrières que beaucoup voudraient voir réécrites. Aux plumes, citoyens ?

La victoire en chantant nous ouvre la barrière / La liberté guide nos pas. Marie Joseph de Chénier Le chant du départ 1794

Debout les damnés de la terre, debout les forçats de la faim. Eugène Pottier L’internationale 1848.
Ecrite pendant la commune, L’internationale n'est mise en musique que 40 ans plus tard par Pierre Degeyter et devient l’hymne soviétique jusqu’en 1944. Eugène Pottier est mort dans la misère.

Quand nous chanterons le temps des cerises / Et gai rossignol et merle moqueur seront tous en fête. Jean-Baptiste Clément Le temps des cerises 1866.
Les droits du texte sont échangés  à Antoine Renard contre une pelisse. Ce dernier écrit la musique
et crée la chanson en 1868 à l’Eldorado. 19 ans plus tard, en 1885, la chanson est dédiée à la vaillante citoyenne Louise qui ravitailla les combattants de la rue de la Fontaine au Roi.  De par l’engagement de son auteur pendant ces événements, la chanson devient symbole du massacre des Communards. Elle a connu nombre de reprises, de Tino Rossi à Mouloudji ou Montand. Jean-Baptiste Clément a également écrit Dansons la capucine.

Je ne vends pas mon lait au fils d’un allemand. Villemer et de Lormel Le fils de l’allemand 1882. 
Ces mots qui se veulent « patriotes » n’ont pas de quoi rendre fier.

La Madelon vient nous servir à boire / Sous la tonnelle on frôle son jupon. Louis Bousquet La Madelon 1914.
Les poilus rêvaient de Madelon, symbole du repos du guerrier. La chanson est devenue hymne des tranchées.

Mais c’est fini, car les troufions vont tous se mettre en grève / Ce s’ ra votre tour, messieurs les gros, de monter sur l’ plateau / Car si vous voulez la guerre, payez-la de votre peau ! anonyme. La chanson de Craonne (ou de Lorette) 1917 (recueillie par Paul Vaillant Couturier).
Une bonne raison à cet anonymat : 1 million de récompense est offert a qui dénoncera l’auteur de ce texte écrit sur l’air de Bonsoir, mamour , et relatant la mutinerie de soldat épuisés et désespérés après le carnage du Chemin des dames. Lle fils de Bruand fait partie des morts. 49 mutins seront exécutés, le général Nivelle sera limogé. Pétain, alors héros, calme la situation avec un peu de rab de nourriture et de permissions.
Lui aussi aura sa chanson en 1941, Maréchal nous voilà , hymne quasi officiel à l’époque que la France essaie d’oublier, lui préférant une autre chanson pour cristalliser cette période:
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?/ Ami, entends tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne. Druon et Kessel Le chant des partisans (Breton/ Nouvelles Editions Méridian) 1944.

Douce France, doux pays de mon enfance. Charles Trenet Douce France (Salabert) 1943. Le texte de Trenet à l'innocente apparence est ressenti comme subversif et fait « tousser » plus d’un Allemand pendant la guerre. Dans une version orientale par le groupe Carte de séjour, il prend en 1987 une nouvelle dimension, celle de l’intégration des jeunes d’origine arabe.

Et je crierai aux gens refusez d’obéir / Refusez de la faire, n’allez pas à la guerre. Boris Vian Le déserteur (Djanik) 1954.
La chanson sort à la fin de la guerre d’Indochine et sera un symbole de la guerre d’Algérie qui va commencer. Elle est vite interdite d’antenne.

En temps de paix, les chants de guerre font place aux chants politiques. Les pamphlétaires existent sans doute depuis l’aube de l’humanité. 
Avant Louis XIV, les "mazarinades" , violentes satires, envahissent les rues et dénoncent et ridiculisent  Mazarin.

A la fin du 19eme siècle abondent des chansons sur les problèmes sociaux. Béranger, Aristide Bruant sont les géants
de cette tradition.
Aux bourreaux crie ta volonté / Défends ta chair, défends ton sang! / À bas la guerre et les tyrans ! Gaston Montehus La grève des mères 1905.
Anarchiste, pacifiste, ami de Lénine, Montehus fut condamné à cause de cette chanson pour incitation à l’avortement.


Y en a pas un sur cent et pourtant ils existent / La plupart fils de rien ou bien fils de si peu / Qu’on ne les voit jamais que lorsque l’on a peur d’eux. Léo Ferré Les anarchistes (Mathieu Ferré and Co) 1960.
Une chanson manifeste des anars, comme Ni dieu ni maître (1964).  Brassens, Lavilliers, Renaud, sont aussi sympathisants anarchistes. Ferré n'a pas froid aux yeux, question engagement. Il n'hésite pas a revetir ses pochettes de disque des mots vote connard ! 

Bien souvent, l’orientation politique ou la religion sont affaires d’origine. D’époque aussi, et le vécu de chacun à également sa part dans la construction des idées. Jean Ferrat est né le 26 décembre 1930 à Vaucresson et son père Mnacha Tenenbaum, juif d’origine russe, est mort en déportation pendant l’Occupation. Faut il voir la raison de son engagement communiste dans le fait qu’un militant du parti lui ait sauvé la vie à l’âge de 11 ans ?

Les bourgeois c’est comme les cochons / Plus ça devient vieux plus ça devient… J. Brel Les bourgeois (Bagatelle) 1962.
Brel est maître es caricature des petitesses de l’humanité. Il a souvent critiqué les bourgeois et a chanté Jaurès en 1977, mais peut on le qualifier d’engagé ? Il n’apprécie pas qu’on le fasse. Pour lui la chanson est une manière décente de raconter ses petites idées.

Si les Ricains n’étaient pas là, vous seriez tous en Germanie / A parler je ne sais quoi, à saluer je ne sais qui. Michel Sardou Les Ricains (Nouv. Barclay) 1966.
 L’engagement n’est pas toujours de gauche et Sardou n’a pas chanté que des thèmes légers, il crée souvent la polémique : J’habite en France, Le France, Le temps des colonies, J’accuse, Je suis pour, Cent mille universités, Vladimir Ilitch, Les Deux Ecoles.

Et comme toutes sont entre elles ressemblantes / Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau / Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau. Georges Brassens. Mourir pour des idées (Editions 57) 1972.
Des idées, Brassens en a des pas très tendres pour les puissants, juges, gendarmes, militaires. Sur le même thème, une autre de ses chansons a fait scandale, qui met en scène un oncle anglais et un oncle allemand :
De vos épurations, vos collaborations / Vos abominations et vos désolations / De vos plats de choucroute et vos tasses de thé / Tout le monde s’en fiche à l’unanimité. Georges Brassens. Les deux oncles (Editions 57) 1965.

Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tombale / Tu masques ton visage en lisant ton journal. Bonvoisin Antisocial (EMI) 1980 Trust.

Aujourd’hui on n’a plus le droit / Ni d’avoir faim ni d’avoir froid / Dépassé le chacun pour soi / Quand je pense à toi je pense à moi. J.J. Goldman Les restos du coeur (Goldman) 1986.
Les artistes français se retrouvent régulièrement pour encourager le public à faire des dons aux grandes causes humanitaires.

J’pense à ces cons qui s’ font chier dans l’ midi / Tous ces torche-culs qui vont cuire dans leurs jus / Tous ces noyés, la mer quelle saloperie. Mellino/Rota Voila l’été (EMI Delabel) Les négresses vertes 1989.
Helno (Noël Rota) le chanteur des Négresses Vertes, souffle le chaud et le froid dans des paroles dont on ne perçoit pas toujours la violence derrière la musique entraînante et métissée du groupe, qui ne s’est pas remis de sa mort d’une overdose en 1993.

Miss Maggie . Selon Renaud, le drame du stade du Heysel, provoqué par les hooligans anglais lors d’une finale de football, a été généré par la politique de Thatcher. Il crée le scandale en Angleterre.

Aïe, on nous fait croire / Que le bonheur c’est d’avoir / De l’avoir plein nos armoires / Dérisions de nous dérisoires. Alain Souchon. Foule sentimentale (BMG) 1993. La musique de cet hymne est aussi signée par le même Souchon, dont la « tendre » révolte est devenue une référence d’incitation à réfléchir exprimée avec légèreté.

Mais je suis sûr qu’on nous prend pour des cons / mais j’en suis certain / Quelque chose ne tourne pas rond. RDG, Yoyo M’ Boueke Sur et certain (EMI/ Del Abel) 1994 interprétée par Tonton David

On va rester motivés pour la lutte des classes / On va rester motivés contre les dégueulasses. Zebda Motivés 1997.
En 1997 trois membres du groupe Zebda montent l’assoTactikollectif qui soutient les sans papier et se trouvent à l’initiative du disque et du mouvement Motivé. En 1999, Zebda obtient une Victoire de la Musique pour Tomber la chemise.

J’attends 2007 / C’est mon seul espoir / De sortir du brouillard / Voir Chirac en prison. Didier Cappedelaine Chirac en prison (Atmosphériques) Les Wampas 2006

Allons à l’Elysée, brûler les vieux et les vieilles / Faut bien qu’un jour ils paient / Le psychopathe qui sommeille en moi se réveille. Lopes Morville Qu’est ce qu’on attend (EMI/Authentik/IV my people) 1995 NTM.
Le rap marque fin des années 80 une cassure avec la chanson traditionnelle. Blacks et Beurs chantent les leurs, coincés comme eux entre la culture française et celle des pays d’origine. Ils témoignent avec des accents d’exaspération et de désespoir de leur milieu défavorisé, des banlieues ouvrières, de l’immigration, de l’exclusion. La musique est d’inspiration américaine comme le rock pour la précédente génération, le vocabulaire est « branché », mots anglo-saxons, agression de mots pornographiques. Comme le rock encore, le rap choque pour attirer l’attention et son goût
pour la provocation et la rébellion dépasse le cadre d’un public adolescent.

Un artiste est-t-il vraiment un contre-pouvoir politique ?
Pour certains, il ne fait que tirer la langue. Ah bien sûr, si j’avais cette hargne mordante des artistes engagés qui osent critiquer Pinochet à moins de 10 000 Km de Santiago. mais je n’ai pas ce courage. Pierre Desproges.

La chanson engagée est une composante fondamentale, récurrente, de la chanson française. L'état de notre monde laisse présager que nombre de chants de révoltes verront encore le jour.